Mercredi de la 6ème Semaine du temps ordinaire de l’année liturgique paire
Première lecture
« Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter » (Jc 1, 19-27)
Psaume : Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d.5
Evangile
« L’aveugle se trouve guéri, et il distinguait tout avec netteté » (Mc 8, 2-26)
« Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les
yeux et lui imposa les mains. »
Jésus arrive à Béthsaïde avec ses disciples. Aussitôt arrivé, des gens lui amenèrent un aveugle, et
lui demandèrent de le toucher. Mais le geste que pose jésus sur cet aveugle nous paraît insolite.
Au lieu de le toucher tout simplement comme il a toujours fait, cette fois-ci, il le prit par main et
le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Mais
l’aveugle n’a pas totalement recouvré la vue. En effet, à la question de Jésus : « Aperçois-tu
quelque chose ? », il répond : « J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres que je vois
marcher. » Alors Jésus lui impose la main pour une seconde fois ; et cette fois-ci il peut voir
clairement.
Il importe de noter que ce miracle intervient juste après que l’évangéliste Marc nous ait rapporté
l’incompréhension des disciples ; eux qui venaient à peine d’assister au miracle de la
multiplication des pains s’inquiétaient du fait qu’en quittant le lieu du miracle, ils n’avaient pas
apporté du pain avec eux. Alors Jésus le reprocha en ces termes : « Pourquoi vous entretenez-
vous de ce que vous n’avez pas de pains ? N’avez-vous encore ni sens ni intelligence ? votre
cœur est-il encore aveuglé ? Avez-vous des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas
entendre ? Et n’avez-vous point de mémoire ? » (Mc 8, 17-18)
Jésus se présente à nous, dans cet extrait, comme celui qui recrée notre humanité. Car les gestes
qu’il pose sur cet aveugle sont bel et bien les gestes de la recréation. A cet aveugle, il redonne la
vue mais aussi la liberté. Voilà pourquoi, il lui interdit formellement de retourner au village.
C’est dire qu’il est maintenant libre, il a une nouvelle référence en la personne de Jésus. Ce
désormais ancien aveugle, n’a plus à se laisser guider selon le bon plaisir des autres comme ce
fut le cas alors qu’il ne pouvait rien voir. Il est donc invité à changer de mentalité.
Par ailleurs, ce miracle nous montre aussi, la lenteur que les apôtres, – et nous aujourd’hui, –
avaient à comprendre pleinement l’action de Jésus. Cette guérison à deux étapes, nous montre
que Jésus se donne la peine de marcher avec nous avec patience et de nous aider à grandir dans
notre foi jusqu’à ce qu’elle devienne claire. Dans un monde rempli d’idéologies aliénantes, la
recherche d’un bonheur facile, nous chrétiens sommes appelés à suivre le lent cheminement de la
foi avec Jésus, jusqu’à ce que tout devienne clair pour nous. Sachons que Jésus est à nos côtés, et
nous tient par la main. Il est le seul qui peut réellement ouvrir nos yeux aux merveilles de Dieu.
Il traverse patiemment avec nous, nos moments de doute, nos lenteurs à croire. Souvent il nous
mène loin de la foule, pour éviter du sensationnel, car la puissance de son action n’a pas besoin
d’être réduite à du spectacle. La foi nait et grandit de l’intérieur, du cœur de l’homme jusqu’à ce
qu’elle devienne mûre. Elle se manifeste par le changement de mentalité : « ne rentre même pas
dans le village. » Notre mission à nous doit commencer dans notre propre famille avant de
s’étendre ailleurs.
Dans la première lecture, saint jacques nous montre justement comment se manifeste ce
changement de mentalité, qui est le résultat d’une foi mûre. Il dit ce qui suit : « Sachez-le, mes
frères bien aimés : chacun doit être prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère, car la colère
de l’homme ne réalise pas ce qui est juste devant Dieu. » A l’ère des réseaux sociaux, où les
informations circulent à une vitesse vertigineuse, combien de fois n’avons pas, nous chrétiens, à
cause d’un manque de vérification et de discernement, partagé des fake news, ou d’autres
informations qui, au lieu de contribuer à la croissance et à la protection de la vie, au respect de la
dignité de l’Homme, n’a fait que la détruire et la détériorer ? Devenons donc par notre façon de
penser et d’agir, de vrais artisans de la paix et de la réconciliation en étant « prompt à écouter,
lent à parler, lent à la colère. » C’est le signe que nous avons été recréés par Jésus et que
désormais c’est Lui notre unique référence.

