Deuxième semaine de carême : année C
Première lecture : « Allons, attaquons-le » (Jr 18, 18-20)
Psaume : 30 (31), 5-6, 14, 15-16
Evangile : « Ils le condamneront à mort » (Mt 20, 17-28)
Les deux lectures proposées à notre méditation aujourd’hui nous parlent de complot. Ce mot ne n’est pas étranger à nos oreilles. Puisque dans nos milieux de vie, nous sommes habitués à entendre parler de complot. Cet acte malicieux, fomenté dans le but de faire du mal peut, cependant atteindre des proportions inimaginables. Souvent, un complot est monté dans le but de cacher la vérité, de faire taire un témoin-gênant. Dans ce cas, tous les coups sont permis. On peut utiliser mêmes des voies officielles, – la justice par exemple, – pour vue que « l’ennemi » soit abattu. On parle dès lors d’une justice à deux vitesse. La première lecture d’aujourd’hui nous parle du complot monté contre le prophète Jérémie. Ses nombreuses interpellations à l’encontre de ceux qui détenaient le pouvoir (les Rois : Josias et Joackim ainsi que leurs entourages) lui a valu plusieurs fois des menaces de mort. Ils condamnaient sévèrement leur immoralité en annonçant que Dieu abandonnerait sa cité s’ils ne se convertissaient pas. Dès lors, il était devenu l’homme à battre. En effet, plusieurs fois, il a été battu de verges, le peuple tourna le dos à ce prophète de malheur dont les appels ne rencontrent que menaces et moqueries. Ce complot dont nous fait part la première lecture d’aujourd’hui entre dans ce contexte. En effet, voici ce que disent ses détracteurs : « Allons, montons un complot contre Jérémie. La loi ne va pas disparaitre par manque de prêtre, ni le conseil par manque de sage, ni la parole par manque de prophète. Allons, attaquons-le par notre langue, ne faisons pas attention à toutes ses paroles. » Cependant, le prophète s’en remet à Dieu, de qui il a reçu le mandat d’interpeller son peuple. Il est convaincu que Dieu interviendra en faveur de son serviteur : « Mais toi Seigneur, fais attention à moi, écoute ce que disent mes adversaires. » Et dire que l’histoire ne fait que se répéter. Le même complot sera monté contre Jésus, le prophète par excellence. Le sachant bien avant, il prend le soin de prévenir ses disciples.
En effet, l’extrait de l’Evangile d’aujourd’hui, nous présente Jésus qui est en marche vers Jérusalem. Il est seul avec ses disciples. Pour la troisième fois, il leur parle de ce qui va lui arriver à Jérusalem : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’Homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; le troisième jour, il ressuscitera. » C’est pour la troisième fois que dans l’Evangile de saint Matthieu, Jésus annonce sa Passion et sa mort. Ecouter cette annonce de Jésus durant le temps de carême, qui pour nous est aussi une montée vers Jérusalem, le lieu de notre Pâques, doit nous à aider revoir la qualité de notre relation avec Jésus. Notre proximité avec lui, est-elle tout simplement physique, ou avons-nous engagé tout notre être (corps, esprit et âme) pour son service ? La réaction des disciples après cette annonce de Jésus est révélatrice de leurs intentions cachées. En effet, chacun d’eux le suivait avec son propre agenda. Cependant, ce sont les deux fils de Zébédée qui ont eu le courage, en passant par leur mère, de faire part à Jésus de leurs attentes : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ton Royaume. » Cette demande de la Mère des fils de Zébédée provoquera la colère de dix autres. C’est le signe que chacun d’eux nourrissait l’espoir d’avoir une place d’honneur lorsque Jésus prendrait le pouvoir à Jérusalem. Leur réaction prouve à suffisance qu’ils n’ont pas encore compris grand-chose de la messianité de Jésus.
Cette attitude des disciples n’est pas loin de la nôtre. Chacun de nous nourrit au plus profond de lui le désir de dominer sur les choses ainsi que sur les personnes. Et Jésus le sait très bien, puisqu’il connait mieux que quiconque le cœur de l’homme. Voilà pourquoi, il ne leur interdit pas de désirer la grandeur ainsi que les honneurs. Mais l’unité de mesure de la grandeur, selon Jésus, c’est le service. « Celui qui veut devenir grand parmi vous, sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier, sera votre esclave. » Qui d’entre nous peut se prévaloir du fait de ne vouloir que la dernière place ? Tous, nous sommes portés à la recherche des titres et des honneurs, dans le but d’assouvir nos désirs égoïstes. En agissant ainsi, nous sommes de ceux qui aujourd’hui continuent de livrer Jésus aux païens. Que ce temps de carême nous aide à refreiner nos envies démesurées de pouvoir, et de domination sur les autres. Demandons à Jésus le courage de servir les autres avec générosité. Comme l’affirme le concile Vatican II : « l’homme acquiert sa plénitude à travers le service et le don désintéressé aux autres ». Désormais, que notre mot d’ordre devienne « Service ». Faisons donc attention, que nos envies de dominer ne nous conduisent pas au meurtre, ni au dénie de la vie ainsi que de la vérité. Si désir de grandeur il y a, accomplissons-le dans le service des frères et sœurs en prenant pour modèle le Christ lui-même qui est venu « non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. »
Bonne méditation et bonne montée vers Pâques !
Père André Mbala

