Mercredi 02/03/2020
MERCREDI DES CENDRES DE L’ANNEE LITURGIQUE C
Première lecture : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2, 12-18)
Psaume : Ps 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
Deuxième lecture : Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable » (2 Co5, 20 – 6,2)
Evangile : « Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,1-6.16-18)
Chers frères et sœurs dans le Seigneur, l’Eglise universelle célèbre aujourd’hui le mercredi des cendres qui marque le début du temps de carême. La plupart d’entre nous serons tous marqués de la cendre sur le front en signe de pénitence et de reconnaissance notre fragilité devant le Seigneur. La cendre c’est le signe que nous reconnaissons que sommes poussière et que sans le soutien de Dieu, sans sa miséricorde nous ne sommes rien. Nous sommes donc invités à redécouvrir la miséricorde de Dieu dans notre vie durant tout le temps de carême. Car, nous vivons de la miséricorde de Dieu qui est cette puissance provenant des entrailles de Dieu qui veut nous atteindre jusqu’aux racines les plus profondes de nos vies pour nous libérer de toute forme de misères. Que chacun de nous considère ce temps comme un moment de grâce que nous obtenons gratuitement de la part du Seigneur. Rappelons que le temps de carême, avant d’être un temps de sacrifice est avant tout un temps d’accueil de la miséricorde de Dieu. Car, cette dernière devance tous nos sacrifices, tous nos efforts pour la conversion. C’est la raison pour laquelle dans la deuxième lecture d’aujourd’hui saint Paul nous dit : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu. » C’est dire que Dieu fait toujours le premier pas vers nous. Que chacun puisse vivre ce moment en se laissant toucher par la miséricorde de Dieu. Implorons cette miséricorde pour nous-mêmes mais aussi pour le monde entier, en particulier pour la paix en Ukraine, suivant la demande du pape François. Mais aussi la paix dont beaucoup de nos populations manquent encore, en particulier dans la partie Est de notre pays.
« Ce que vous faites pour devenir justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui aux cieux. »
Chers frères et sœurs, le mercredi de cendres marque le début d’une longue marche avec le Seigneur, rappelant premièrement les quarante ans que le peuple d’Israël a passé dans le désert avant d’atteindre la terre promise. Cette longue marche leur a permis d’expérimenter la proximité de Dieu, qui les a totalement pris en charge, leur procurant la nourriture et la boisson. Ce fut aussi pour eux un temps de purification, temps au cours duquel le peuple a appris à ne compter que sur Dieu. Souvent livré au manque des biens primaires en l’occurrence l’eau et la nourriture, le peuple a, étape par étape compris que l’homme ne vivra pas seulement de pain mais bien de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Dans le désert, le peuple a fait l’expérience de sa propre misère, parfois révoltés contre Dieu et contre Moïse, il demandait de retourner en Egypte, le lieu de son esclavage où la nourriture était facile à trouver. Mais cette libération voulue par Dieu était irréversible, il fallait lutter au jour le jour pour survivre afin de conquérir la vraie liberté. C’est l’expérience que chacun de nous fait intérieurement. Cette expérience du peuple d’Israël nous montre que bien que la liberté soit un don de Dieu, elle est appelée à être conquise par un effort chaque jour renouvelé. Notre liberté en tant que personne, en tant que peuple doit être conquise par nous-mêmes. Et le premier combat que nous devons mener c’est contre le sentiment d’abandonner, de faire marche arrière. Nous devons changer notre mentalité, en abandonnant tout sentiment de fatalisme. Notre vie ainsi que notre pays ne peuvent changer que si en chacun nous portons cette flamme brûlant en nous et nous poussant à avancer malgré les multiples obstacles auxquels nous sommes à faire face chaque jour de notre vie. Ça doit être une révolte qui embrase tout notre être et nous pousse à dire : « plus jamais d’injustice, ni de corruption ni de tribalisme dans notre pays ». Le vrai changement ainsi que la vraie conversion commencent par-là. Autrement tous nos combats politiques pour une nation prospère seront voués à l’échec.
Chers frères et sœurs le temps de carême nous rappelle aussi les quarante jours et quarante nuits que Jésus a passé dans le désert avant de commencer son ministère public. Un temps qui lui a permis de vivre une profonde communion avec Dieu dans la prière et le jeûne afin de saisir a grandeur de la mission qui lui a été confiée par son Père. Le désert peut être pour nous ce temps de retrait au cours duquel, en tant que laïc chrétien, engagé dans le combat pour la justice, nous essayons de revoir les armons que nous possédons afin de mener à bien la mission que Dieu nous confie pour une société épanouie. Notons que jésus lui-même a été lorsque son corps était affaibli. De même nous aussi nous serons à chaque fois tentés de prendre de raccourcis. Des voies qui peuvent nous procurer du succès mais pas le vrai bonheur qui ne peut provenir de notre choix de laisser la Parole de Dieu illuminer toutes nos actions. Chacun de nous est appelé à bâtir sa propre vie sur la parole de Dieu qui deviendra alors l’arme avec laquelle nous pourrons, à l’instar de Jésus faire face à toute les propositions fallacieuses du diable.
Chers frères et sœurs, chacun de nous doit se rendre compte que les enjeux d’une vraie Pâques se joue dans le désert, notre liberté s’obtient au prix de la disponibilité que nous aurons eu à nous laisser guider par l’Esprit Saint. Nous sommes donc appelés à redécouvrir la miséricorde de Dieu dans l’aujourd’hui de notre vie. Dans la première lecture d’aujourd’hui, l’appel du prophète Joël qui parle au nom du Seigneur nous dit : « Maintenant, – oracle du Seigneur- revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. » Bien aimés dans le Seigneur, cet oracle du prophète Joël commence par l’expression « maintenant ». C’est dire que Dieu nous convoque dès maintenant. Si nous voulons c’est maintenant qu’il faut le rechercher. La décision de retourner au Seigneur est à prendre dans l’aujourd’hui de notre vie. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit encore quelque chose de semblable : « Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut, je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. » C’est dire que nous devrions vivre ce moment comme si c’était le dernier. Ce carême nous est donné comme moment favorable, « un Kairos » au cours duquel le Seigneur a décidé de déverser ses nombreuses grâces sur nous. Réécoutons encore cette exhortation de saint Paul : « nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » C’est-à-dire, laissez-vous profondément touchés par la présence du Seigneur, par sa parole qui doit devenir votre pain quotidien, jusqu’à ce que vous soyez capables de transformer le monde. Alors même dans nos actions sociales et politiques nous serons capables de faire la différence entre ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas.
Chers frères et sœurs, une vie de profonde communion avec le Seigneur, exige de nous de temps de retrait, de silence en vue de nus mettre à l’écoute de l’Unique nécessaire, la source de la vraie paix. Quelques fois notre vraie croissance se réalise dans le plus grand silence. Comme les racines enfouies dans le sol maintiennent et nourrissent la plante, ainsi nous sommes appelés à construire notre vie sur des valeurs solides que nous ne pouvons obtenir que de Jésus. Voilà pourquoi il nous met en garde contre l’exibitionnisme spirituel : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. » Par contre, laissez plutôt que les hommes puissent remarquer, par votre style de vie, que vous avez été rendus justes par Dieu. « Ton Père qui voit dans le secret, nous dit Jésus, te le rendra. » Puissions-nous vivre un fructueux temps de carême, qui ne se limitera pas seulement aux quarante jours que l’Eglise nous donne mais qui continuera toute notre vie durant, car c’est chaque jour que le Seigneur nous offre la possibilité de la conversion.
Fructueux temps de carême à chacun !
P. André Mbala, Mccj.

