2 Rois 5, 1-15a
Psaume 41 (42)
Luc 4, 24-30
Aujourdhui, ne fermez pas votre cœur !
Chères sœurs, chers frères, que le Seigneur vous donne sa paix.
En ce beau milieu de Carême retentissant encore dans nos oreilles, et plus encore du fond de nos cœurs cet appel à l’ouverture de nous-mêmes au salut universel apporté par le Christ. L’histoire du salut contenue dans les Saintes Écritures nous montre par ailleurs que la grâce de Dieu n’est jamais restée sans effets à tous ceux qui l’ont accueilli par la médiation des envoyés de Dieu. Dieu ne peut venir en nous qu’au moyen, entre autres, des canaux ordinaires et de fois habituels que nous connaissons. Il en faut un minimum d’ouverture d’esprit par un discernement attentif et une largesse du cœur pour laisser la nouveauté de l’Évangile prendre place, germer et grandir dans notre vie. Pour cela, nous avons encore un chemin à parcourir au-devant de nous qui nous mène à la pleine lumière de la Résurrection.
Luc dont l’extrait du saint évangile nous est lu en ce jour fait œuvre d’un vrai historien. Nous sommes au chapitre 4. Et en ce début de l’œuvre, Luc enchâsse dans une sorte d’introduction au ministère public de Jésus en Galilée un ensemble complet du programme de l’activité missionnaire du Messie. Ce programme rend présent le passé historique d’un peuple et, à travers l’actualisation qu’en fait Jésus, il annonce l’heure future de l’accomplissement des Écritures. Ce schéma répond parfaitement à l’objectif théologique de Luc : l’annonce du salut au-delà des frontières d’Israël. De ce fait, Luc est connu comme le chantre de l’universalité du salut par le Christ.
C’est parce que les Nazaréens ont été incrédules à l’annonce de la Bonne Nouvelle — ils ont fermé leurs cœurs à reconnaître ce qui se passe sous leurs yeux dans leur synagogue : ce fils de Joseph et de Marie qu’ils ont la prétention de pouvoir connaître que c’est en lui que s’accomplit de la prophétie d’Isaïe — que Jésus se met à leur faire ce reproche. Puisqu’ils sont fermés à l’œuvre de Dieu qui s’accomplit au présent de leur vie, Jésus leur rappelle un passé qu’ils semblent bien connaître. Comme il nous arrive souvent d’être nostalgiques sans avoir aucune lucidité dans notre perception que dans l’aujourd’hui de nos vies se réalise encore l’œuvre de Dieu. La familiarité sur le plan humain constitue parfois un blocage qui empêche certains d’entre nous d’aller plus loin et de voir au-delà de ce qui apparaît l’éclat de la divinité. Jésus fait ce rappel à deux temps. Tout d’abord, il cite un ancien dicton sûrement connu par son auditoire : « Aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays », faisant ainsi allusion au sort malheureux des prophètes envoyés à Israël. Ensuite, il rapporte deux miracles retenus dans le cycle des prophètes Élie et Élisée (cf. 1R 17 et 2R 5). C’est ici que se trouve le nœud du message. En évoquant ces deux histoires, Jésus établit un certain nombre de parallélismes significatifs entre Élie-Élisée, veuve-lépreux, Sidon-Syrien, Israël-étranger qui expliquent l’opération d’actualisation qu’il entend faire du passé de ces prophètes. Jésus est entrain de dire à ses compatriotes que le salut vient d’Israël. Cependant, ce qui se joue au présent, ne diffère guère à ce qui est advenu dans le passé. Devant la fermeture de cœur d’Israël, ce salut profite à l’étranger : soit le prophète ira à l’étranger (cf. Lc 24, 47), soit l’étranger viendra vers le prophète (cf. Tb 13, 13 et 2 Rois 5, 1-15a). C’est ainsi que l’on comprend cette colère instantanée de l’assistance qui a bien perçu la pointe de la remarque de Jésus : qu’en réalité, Israël continu à faire fausse route. Ce faisant, le salut qui vient par Israël est pour les nations. Nous voici enfin arrivé au sommet du récit par l’annonce d’un fait qui préfigure le futur : « Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu deux, allait son chemin » (Lc 4, 29-30). Si le passé cest-à-dire, la prophétie se rend présent dans la vie de Jésus, l’avenir l’est tout autant. Cette scène a des allures de menace de mort. Pas n’importe laquelle. Les indices y afférant renvoie à la mort des prophètes exécutés hors de la ville. La Passion de Jésus est présente dès le début de sa mission. Luc prend bien soin de la mentionner. Néanmoins, tout ne se termine pas par la Passion. L’homme n’a aucun pouvoir de porter la main sur son Créateur. L’homme ne peut pas arrêter la progression de l’Évangile. Comme la lumière de la Résurrection, l’Évangile passe au milieu des hommes et poursuit son chemin jusqu’aux limites du monde.
Devant une telle puissance de la Parole de Dieu faite chair, l’attitude de croyant ne peut être que celle d’ouverture de cœur afin que la nouveauté de la Bonne Nouvelle lui habite dans toute sa plénitude. Ouvrir son cœur à Dieu ne va pas sans faire place à l’autre. S’il est difficile de reconnaître l’œuvre de Dieu chez nos frères et sœurs les plus proches a fortiori comment la reconnaitrons-nous chez ceux et celles qui nous sont éloignés ? De nos jours et dans notre pays s’observe la montée d’un sentiment de replis identitaire et de non acceptation de l’autre surtout s’il ne vient pas de notre horizon ethnico-culturel. De telles tendances à l’exclusion compromet le projet du Créateur et corrompt le message de salut apporté par Jésus Christ : faire la paix entre tous (cf. Eph 2, 13-15). Refuser l’universalité qu’apporte le Christ c’est refuser aussi l’envoyer qui en est le porteur.
Excellent début de semaine à toutes et à tous !
P. Jean-Glory MUKWAMA, a.a.

