Isaïe 42,1-7
Psaume 26 (27)
Jean 12, 1-11
La Passion ne pas que du passé
Chères sœurs, chers frères, que le Seigneur vous donne sa paix.
Hier nous avons célébré le dimanche des rameaux et de la passion du Seigneur qui nous ouvre à cette Semaine Majeure de l’Église, la Semaine Sainte, au cours de laquelle nous allons commémorer les événements qui ont marqué les derniers jours de la vie publique de Jésus. Au cœur de cette semaine se trouve la tragique épreuve de la croix que tout chrétien devra affronter avant de chanter ‘‘Alléluia, il est Ressuscité !’’ Tous ces événements, nous ne les vivrons pas, bien sûr, comme une histoire passée il y a deux mille ans. Ils ont certainement quelque chose de plus important à nous communiquer encore aujourd’hui. L’histoire, en effet, nous parle du passé dans la mesure où elle nous dit d’où nous venons, où nous sommes et vers où nous allons. Ceci dans le but de nous éviter de reproduire les erreurs du passé. « Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui écrit de lui ; mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! » (Mt 26, 24). Oui, malheureux sommes nous si encore aujourd’hui, c’est par notre truchement, mieux par nos mains, que nos sœurs et frères sont livrés et trahit. Malheureux sommes-nous si encore aujourd’hui, nous n’apprenons pas que l’argent ne vaut pas la vie humaine ; que l’amour démesuré de l’argent sacrifie toujours, dans une certaine mesure, ce qui est fondamental dans notre vie : Dieu.
L’épisode de l’onction à Béthanie dans l’évangile de saint Jean que nous méditons en ce jour nous éclaire sur un certain comportement de l’homme dans son rapport avec l’argent et Dieu. Dans ce cas, Judas n’est pas le plus mauvais de nous tous ! Son comportement n’est pas tellement à plaindre comme si nous ne faisons pas autant que lui, voire pire que lui. Son seul péché c’est que premièrement, il n’a pas pu voir qu’en cette Pâque, Jésus est le premier pauvre qui mendie notre attention. Le contexte initial de cette péricope l’explique mieux. À six jours de la Pâque, Jésus qui monte en pèlerinage à Jérusalem n’a pas où dormir. Il mendie l’hospitalité de ses amis Marie, Marthe et Lazare. Il se fait accueillir par eux à Béthanie, village situé dans les périmètres de Jérusalem, à environ 1 heure de marche.
En deuxième lieu, Judas est incapable de comprendre l’annonce de Jésus faite en Jean 7, 33. Du coup, il n’est pas préparé au drame qui l’attend. Marie, elle, l’a compris : c’est ainsi qu’en Jean, aussi en Matthieu et en Marc, les femmes qui iront au tombeau au matin de Pâques n’iront plus pour oindre le corps de Jésus. Cela fut déjà fait à Béthanie par Marie anticipant ainsi l’ensevelissement de Jésus. Troisièmement, Judas n’est pas en mesure d’établir une échelle de valeur dans ses priorités. Il n’arrive pas à évaluer la grande valeur du parfum versé ou perdu par rapport à la majesté de Jésus. Ça, les mages l’ont saisi en offrant à l’enfant de la crèche la myrrhe. La préoccupation de Judas pour les pauvres est pourtant légitime : il est possible que les disciples eussent le souci des pauvres et que les festivités pascales aient été l’occasion d’aumône (tsedaka) plus généreuse. Cependant, Judas voit ce qu’il perd, mais ne mesure pas ce qu’il pourrait gagner. Il n’y a pas que l’argent dans la vie. Il y a aussi Dieu. Cela, beaucoup d’entre nous ne le saisie pas. Il arrive qu’on sacrifie le nécessaire pour l’accessoire, l’essentiel pour le futile. Combien de nos sœurs et frères ne sont-ils pas dans cet engrenage ? Combien ne sont-ils pas prêts aujourd’hui à sacrifier leur proches pour espérer gagner en retour quelques billets de banque ? L’amour de l’argent pour l’argent nous rend esclave de l’argent. Mais l’amour de Jésus nous libère des emprises du matériel.
Ne voyons-nous pas en ce ‘‘serviteur’’ du chant d’Isaïe la figure même de Jésus qui fait sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres ? Ainsi le Seigneur libère-t-il l’homme des carcans des biens éphémères de ce monde. Les scenario autour de la mort de Jésus nous fait comprendre justement la trajectoire de vie de chaque acteur et le débouché vers lequel Jésus les conduit ; tous sont appelés à la liberté. Isaïe, quant à lui, chante le retour des exilés que les péchés ont conduit vers une terre lointaine. Il guette le futur du peuple élu et voit venir un temps du renouveau et de liberté : Dieu qui console son peuple après la peine (cf. Is. 66, 13). Nous qui vivons ou qui semblons revivre une trahison, une déception, ne pensons pas être les seuls dans une telle situation. Pensons au sentiment de Jésus à la réaction de Judas et osons croire que la haine et la trahison sont toujours aux limites de l’amour. La première lecture nous exhorte à comprendre que l’amour de Dieu peut toujours apparaître au milieu de l’hostilité et dans toutes nos situations inconfortables. À la suite du psalmiste nous pourrons dire : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. ‘‘Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur » » (Ps 26, 13). La fête de Pâques qui approche est une fête de l’espérance. Espérer que du péché, le pardon est possible ; que de la haine, l’amour peut grandir ; que de la trahison, la confiance peut se reconstruire ; que de l’exile, le retour est possible ; que de la mort la résurrection est certaine.
Joyeuse fête de Pâques à toutes et à tous !
P. Jean-Glory MUKWAMA, a.a.

