Isaïe 65, 17-21
Psaume 29 (30)
Jean 4, 43-54
La Parole de Dieu, signe efficace qui redonne la joie de vivre
Chères sœurs, chers frères, que le Seigneur vous donne sa paix.
Les textes bibliques que nous lisons aujourdhui poursuivent le thème de la joie de revivre que nous avons médité hier en célébrant le quatrième dimanche de Carême dit « laetare » (dimanche de la joie). En s’approchant des festivités de Pâques, l’Église tout entière marque une halte pour se réjouir des efforts de pénitence jusqu’ici accomplis. Cette joie anticipe déjà la joie pascale qui vient, et préfigure également la joie eschatologique qui nous caractérisera lors de la rencontre ultime avec le Ressuscité. Le pape François dans son Encyclique Amoris laetitia affirmait que « la joie élargit la capacité de jouir et nous permet de trouver du plaisir dans des réalités variées, même aux étapes de la vie où le plaisir s’éteint. » (n° 126). Oui, la joie va au-delà d’une simple jouissance et surtout renvoie à celui qui en est le vrai auteur, Dieu.
La première lecture extraite de la seconde partie du prophète Isaïe exhorte le peuple d’Israël à faire sienne la joie que Dieu éprouve en récréant de nouveau Jérusalem des cendres de sa destruction. Le contexte est bien celui du retour de l’exil à Babylone. Un temps où l’espérance du peuple s’est estompée, la durée de vie s’est courtée et l’avenir est devenu incertain. Face à cette crise qui devient en réalité une crise de foi profonde, le prophète intervient de la part de Dieu pour livrer une parole d’espérance : « Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. » (Is 65, 17-18). Comme pour dire que la crise est toujours un moment du danger bien sûr, mais aussi d’opportunités à capitaliser. Dieu n’abandonne pas pour toujours son peuple. Il ne rompt pas son alliance conclue avec lui. Il se souvient de sa promesse en faveur de son peuple bien-aimé. Le moment de l’épreuve ne dure qu’un instant. Mais l’amour de Dieu demeure pour toujours (cf Ps 29/30). C’est ce que Isaïe annonce à Israël. Figurons-nous que ce peuple a vécu quarante ans de déportation. Il a tout perdu — terre, temple, roi — sans aucun espoir de les retrouver, de revivre encore et de savourer avec joie aux délices de la terre promise. Cependant, il na jamais cessé de méditer la Torah (la Loi/Parole de Dieu).
C’est à partir de cette attitude à l’égard de la Parole de Dieu que s’ouvrent devant le peuple de l’alliance des possibilités de sortie de crise qui le disposent à être réceptif à la parole de celui qui parle de la part de Dieu. Cette situation dans laquelle s’est trouvé le peuple de Dieu peut être, dans une certaine mesure, la nôtre quand nous traversons des dures épreuves de maladie, du rejets et d’abandon, de chômage, de la guerre et de la mort. Saurons-nous faire de nos crises des opportunités de renaissance ? Voir dans nos épreuves des sentiers insoupçonnés où se dessine le plan de Dieu ? Pour un peuple longtemps meurtri par les affres de la guerre, les grandes tentations seraient le découragement, le désespoir et le manque de foi en Dieu qui peut changer un deuil en une danse (cf Ps 29/30). Chers soeurs et frère, le chrétien est l’homme de la situation. Il peut tout perdre, mais il ne laissera jamais son espérance s’étioler ni sa foi se perdre car en elle tout peut renaitre et revivre. Le chrétien est cette personne qui croit toujours qu’aujourd’hui et demain seront mieux qu’hier. Il ne vit pas pour croire aux signes et éventuels miracles dans sa vie, mais il croit pour vivre.
Par ailleurs, ne sommes-nous pas surpris de la foi de ce fonctionnaire royal dont parle l’évangile de saint Jean ? Jean le désigne par un terme qui renvoie à un membre de la famille royale (basilikós en grec) ou tout simplement un serviteur de roi (Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, puisqu’il vient de Capharnaüm) ou tout aussi un soldat. Dans ce cas, il serait un païen. Notre admiration pour cet homme est du fait qu’il a su transformer sa situation de détresse en opportunité, parcourant les 25 km qui séparent Capharnaüm de Cana pour décrocher un miracle en faveur de son fils mourant. Serait-il seulement à l’affût d’un signe ou d’un miracle comme nous le voyons dans nos villes ; des personnes qui se disent chrétiens parcourent des distances incroyables en quête des faiseurs de miracles ? Au premier abord, oui. Puisque l’homme demande à Jésus de descendre chez lui dans l’espoir que son fils sera sauvé par la présence de Jésus. Mais l’interlocuteur de Jésus est invité par ce dernier à faire un pas supplémentaire dans sa démarche en quête de signe dans le but d’atteindre la foi authentique et véritable en la personne du Christ. On le voit à travers ce doublet : « L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il partit » (Jn 4, 50). « Alors il crut, lui, ainsi que tous les gens de sa maison » (Jn 4, 53).
Ces deux moments où cet homme exprime sa foi correspondent nettement au passage de la confiance en la parole du thaumaturge qui est Jésus à la foi profonde en Christ. Lui qui cherchait que Jésus descende chez lui à Capharnaüm ne descendra que seul mais avec la parole efficace et performative de Jésus qui dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit. Ceci signifie que la foi aux miracles ne suffit pas. D’ailleurs Jésus nous le reproche : « Si vous ne voyez pas des signes et prodiges, vous ne croirez donc pas ! » (Jn 4, 48). Le miracle est un signifiant qui renvoi toujours à son signifié, à Dieu son auteur. C’est ainsi que le père de l’enfant guérit fera le lien entre le moment auquel le miracle est survenu et l’heure à laquelle Jésus prononça la parole de guérison. Ce rapport parole-miracle n’a aucun objectif sinon de renforcer la foi en Celui de qui vient toute parole de la vie éternelle. Croire en Jésus c’est croire au signe de la vie. Croire que la vie est possible et qu’elle peut se prolonger dans un tournant de joie, que « le plus jeune mourra centenaire…On bâtira des maisons, on y habitera ; on plantera des vignes, on mangera leurs fruits » (Is 65, 20-21). Tout cela est possible !
Cet épisode de la guérison du fils du fonctionnaire royal est défini par l’évangéliste comme le second signe de Cana parce qu’il suit de près la structure du premier signe, celui de noce de Cana dont le sommet du récit est au-delà de la foi des convives, le retour à la joie de fête. Jésus a des mots qui peuvent guérir nos maux. Il a la parole qui redonne la joie de vivre et d’espérer. Tournons-nous résolument vers Lui au moment où nous cheminons vers la lumière de sa Résurrection.
Excellente semaine à toute et à tous!
P. Jean-Glory MUKWAMA, a.a.

