Actes des apôtres 11, 1-18
Psaume 41 (42) ; 42 (43)
Jean 10, 1-10
Jésus Christ, le passage obligé
Chères sœurs, chers frères, que le Seigneur vous donne sa paix.
Le monde dans lequel nous vivons est rempli de la Parole de Dieu. Çà et là dans nos villes se lèvent des pasteurs, des prédicateurs de l’évangile qui se disent avoir reçu le mandat de Dieu pour parler en son nom. Beaucoup de gens les suivent parce qu’ils opèrent des miracles. Chose étonnante, peu sont ceux qui restent des fidèles constants auprès de ces guides spirituels. Nous constatons encore aujourd’hui qu’il y a de ces chrétiens qui passent d’églises en églises, d’hommes de Dieu en hommes de Dieu. L’une des raisons parmi tant d’autres qui justifie cette oscillation spirituelle se trouve dans le manque de discernement de l’appel de Dieu dont ces hommes prétendent être des dépositaires. De nos jours, au milieu des vacarmes de nos sociétés, il est de plus en plus difficile d’identifier une voix sûre, capable d’orienter notre vie sur le chemin du vrai bonheur. Dans cette quête du vrai bonheur, le chrétien lui aussi est semblable à ce cerf altéré qui cherche l’eau vive (cf. Ps 41, 2).
Pour assouvir cette soif, les chrétiens ont besoin des modèles non pas des voleurs. Il faut donc des vrais hommes de Dieu, des pasteurs envoyés et établis par Dieu pour être des repères et de guides authentiques de son peuple. Mais où les trouvé ? Jésus, à travers l’image de la porte des brebis, nous présente quelques signes qui caractérisent le bon pasteur le différentiant en même temps du mercenaire que l’évangile identifie au voleur, au bandit et à l’étranger.
À deux reprises dans le passage de l’évangile du jour Jésus fait une déclaration solennelle. La formule « amen, amen, je vous le dis », loin d’être un simple appel destiné à capter l’attention de son interlocuteur, introduit une vérité fondamentale que Dieu s’apprête d’annoncer. Autrement dit, elle signifie que ce qui va être dit doit être pris au sérieux. La première vérité porte sur le pasteur des brebis. Comme dit la lettre aux hébreux : « Personne ne peut s’attribuer l’honneur de cette charge à moins d’être appelé par Dieu comme l’a été Aaron. » (He 5, 4). S’attribuer une telle mission c’est escalader l’enclos des brebis. Une telle image ne peut être bien comprise que si l’on fait un saut dans le milieu socio-culturel juif du 1ier de notre ère où les familles vivaient encore en clan. Dans un tel contexte, l’activité agro-pastorale était mené ensemble. Le troupeau des ovins du même clan avait le même habitat. Au matin, les représentants de chaque famille se tenaient à la porte de la bergerie et chaque caprin devait reconnaitre le signe sonore de son pasteur qui le conduit au pâturage. Une telle affinité et complicité est requise dans la relation entre le pasteur et ses brebis. Le père Jaroslav enseigne que « le vrai pasteur, dont Jésus est le modèle par excellence, établit une relation personnelle et chaleureuse avec les brebis qui lui sont confiées : souvent d’humble condition et de modeste prestance, il les aime…Cette relation est vivante à tel point qu’une connaissance réciproque et très personnalisée s’établit : le pasteur connaît le nom. Son timbre de voix, la cadence de ses pas… rappellent la bienveillante attention, la confiante appartenance à un vécu ou partage communs, constitutifs de l’être de chacun : être aimé, savoir aimer». C’est cet amour caractéristique pour la cause des brebis que Pierre, dans la première lecture, se portera chez le centurion Corneille. Le bon pasteur n’est pas dans ce cas celui qui tire profit des biens matériels des brebis et l’abandonne au moment de l’épreuve.
La seconde vérité de l’évangile concerne Jésus lui-même. Il s’identifie à la porte des brebis. Nous savons très bien le rôle que joue une porte dans un bâtiment. La porte représente le seuil d’une habitation. Elle exprime l’idée de l’accueil. Elle est aussi le signe de la stabilité : dans la circulation des personnes, les gens vont et viennent, traversent la porte qui reste stable. La porte est aussi un élément qui assure la sécurité d’un édifice. Elle marque la ligne de démarcation entre ce qui est dedans de ce qui est dehors. En cela elle constitue une médiation qui assure une communication entre l’intérieur et extérieur. À tel enseigne que franchir une porte est, dans le langage commun, le synonyme d’une réussite, d’une victoire. Oui, Jésus Christ est la porte du ciel. Il est le passage obligé du salut. C’est par lui que passent les pasteurs et ses brebis. Cette typologie de la porte éclaire la condition du chrétien en tant que bénéficiaire potentiel des richesses intérieures de la vie éternelle que lui offrent son adhésion à Jésus, mais aussi en tant que bénéficiaire de la vie spirituelle entretenu par le pâturage que l’Église lui accorde dès ici-bas.
Excellent début de semaine à toutes et à tous !
P. Jean-Glory MUKWAMA, a.a

